Je débuterais mon « livre » par une naissance bien particulière, celle qui a changé ma vie : celle de mon fils.

Entre le prologue et ce chapitre, il s’est écoulé plusieurs mois.

Commencer par ce récit n’est pas un hasard. Vous allez un jour sans doute devenir mère : quitter ce statut de fille, de femme-enfant, pour entrer en quelques secondes dans la vie de maman, pleine de doutes, d’inquiétudes, de responsabilités.

 

Je vous comprends. Voilà ce que ce chapitre veut vous faire comprendre.

Avant d’accoucher, j’étais déjà une bonne sage-femme je pense. Mais maintenant, à l’expérience professionnelle, au théorique, s’ajoute le partage de vos sentiments, de vos peurs, de votre douleur, et bien sûr de votre bonheur. 

Malgré les difficultés, je garde un souvenir merveilleux de cette rencontre avec mon petit homme. Ma mère a toujours appelé le travail et l’accouchement « le mal joli » : une douleur intense mais que l’on oublie dès que le bébé est posé sur notre ventre…  Et bien c’est tout à fait ce que j’ai ressenti. À dire vrai, je pense avoir eu une telle décharge d’endorphines[1] que je planais totalement !

 

3 jours après la date prévue d’accouchement, l’équipe décide de déclencher artificiellement mon travail. En effet, non seulement je suis en dépassement de terme, mais en plus le gabarit du bébé par rapport à ma taille – et donc la taille de mon bassin – laisse présager des difficultés à la naissance. Ils décident donc de ne pas trop attendre, pour éviter que le bébé ne grossisse encore, et surtout pour que tout soit organisé si jamais il devait se passer quelque chose de fâcheux.

 

Ce fameux jeudi, ma collègue sage-femme, Marina, a posé le gel de déclenchement à 10h. Mon utérus a tout de suite réagit, et même trop bien ! Cinq minutes plus tard, les contractions apparaissaient pour ne plus disparaître. Le problème est que, contrairement aux contractions dites « normales », les miennes ne redescendaient pas en intensité ! La douleur ne discontinuait pas, je n’ai eu droit à aucun répit !

 

Malheureusement, mon fils n’a pas supporté une grosse contraction (de huit minutes, tout de même !!). En quelques secondes, je suis déshabillée, sondée, prête pour une césarienne en urgences. Mais, ouf ! le cœur récupère et accélère, il n’y a plus d’urgence. On annule l’intervention.

 

Cependant, les contractions, toujours trop intenses malgré tous les médicaments que l’on me donne, ne servent à rien. Mon col ne se modifie pas, le bébé est trop haut dans mon bassin, j’ai un mal de chien entre les contractions horriblement douloureuses et la sonde urinaire semble me déchirer la vessie et l’urètre ! Et pour couronner le tout, je plane à cause du gaz hilarant… Ça se présente mal…

 

Avec mon accord, et sur avis de toute l’équipe, la césarienne est remise sur le tapis. Encore quelques minutes d’attente, qui semblent interminables. Je suis partagée entre l’envie de ne plus avoir mal et de voir mon fils, et l’appréhension de la naissance…

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Vers midi et demi, on m’amène en salle d’opération. L’anesthésiste est d’une gentillesse extrême. Elle me caresse le visage, me parle. Elle me pose la rachi-anesthésie [2], et là, je revis ! Je sens une chaleur monter dans mes jambes et mes fesses. J’ai d’abord l’impression que l’on a chauffé la table, et en perdant la sensibilité du bas du corps, je comprend que le produit fait effet. Tout va bien, c’est magique. À part quelques vomissements juste après le geste, mais j’ai tendance à les oublier en y repensant, tellement je me trouvais dans un état de bien être.

 

J’ai la sensation de sortir d’une journée de thalasso. Je n’ai plus aucune douleur, je suis engourdie, et c’est bon !

 

Les obstétriciens commencent la césarienne. J’adore ce contact. Je sens mais je n’ai pas mal. Je devine leurs gestes, ça fait des chatouilles… Ils blaguent, se moquent de mes litres de liquide amniotique qui se déversent sur le sol de la salle. Et là on baisse le drap, et j’aperçois mon fils.

 

Il est tout rond, violacé, plein de vernix[3], sans cheveux. La première chose que je me dis, c’est que je ne m’attendais pas à un bébé comme celui-ci. J’imaginais un nouveau-né chevelu, sec et craquelé (car né après terme), et le petit qui se présente à moi est tout l’opposé. Il s’agit donc d’une vraie rencontre. Je le découvre, je l’observe. Une fois sur son père, seul son pied dépasse du lange chaud. Je regarde cet énorme pied et pense que mon fils doit au moins peser quatre kilos. On l’emmène loin de moi.

 

Je reste seule en salle de réveil. Je n’ai mal nulle part, j’observe les villas adjacentes à l’hôpital, les palmiers abritants les maisons du soleil qui tape fort. Le ciel bleu, sans un nuage… je suis zen, je ne l’ai jamais autant été je crois.

 

 

Après une heure de peau à peau avec son papa, mon enfant me rejoint enfin en salle de réveil. Il n’a pas besoin de beaucoup pleurer pour que je le mette au sein. Nous sommes seuls, il tète, et tout va merveilleusement bien. Je suis dans un tel état de sérénité et de bien-être, que je pense ne plus jamais avoir mal. Le temps est suspendu…

 

Capture d’écran 2012-05-13 à 16 

 

Les jours qui suivirent furent de merveilleux moments de paix. Mon bébé ne pleurait quasiment pas, nous vivions en harmonie, sans stress, sans baisse de moral… Je supportais mal la douleur, le premier lever fut une torture. Mais  la zénitude de mon fils me transportait.

 

 

Malgré la douleur post-opératoire, la césarienne non programmée, les contractions bien trop intenses, je garde un merveilleux souvenir de cette rencontre. La naissance de mon bébé restera peut-être le plus beau souvenir de ma vie.

 

Accoucher par césarienne n’est pas un échec. Cela ne veut pas dire que l’on est une mauvaise mère. Je précise cela car bien des mamans ne se sentent pas mères car elles n’ont pas poussé, elles n’ont pas fait naître elles-même leur bébé.

Pourtant, je vous le jure, j’ai vécu cette naissance, j’ai vu mon enfant sortir de mon ventre, j’ai souffert de l’opération. Je suis une maman, et je fais mon maximum pour être une bonne mère. Et rien que le fait de le vouloir, et d’essayer, fait de moi, de vous, une maman exemplaire.

 

 



[1] Hormones dites « hormones du plaisir »

[2] Anesthésie du bas du corps grâce à l’injection d’un anesthésique dans le liquide céphalo-rachidien, au moyen d’une aiguille placée dans le dos puis retirée.

[3] Le vernix caseosa est une substance cireuse d'origine sébacée, blanchâtre et grasse recouvrant et protégeant la peau des nouveau-nés. In utero, il protège la peau du fœtus du milieu aqueux, le liquide amniotique, qui l'entoure. La peau des prématurés présente des quantités plus importantes de vernix que les nourrissons nés à terme. Après la naissance il est inutile de l'essuyer, la peau du nourrisson l'absorbera naturellement