Pour une future maman, attendre des jumeaux, c’est deux fois plus de bonheur.

Pour une femme ayant des enfants, c’est deux fois plus de travail.

Pour nous, c’est deux fois plus de stress.

 Mais ce qui est sûr, c’est qu’attendre, et donner la vie à deux enfants, c’est toujours exceptionnel.

 

La plupart du temps, les naissances gémellaires sont « organisées », très médicalisées. Bien souvent, il s’agit de césariennes programmées à l’avance.Lorsque  ces accouchements se font par voie basse, ils sont dits « naturels ». Nous, les professionnels, restons alors sur nos gardes. Le nombre de vie à surveiller et protéger est augmenté, et les risques aussi. Ce n’est pas anodin !

J’ai eu la chance de participer à quelques accouchements de jumeaux. Ils furent très encadrés, par moi-même bien sûr, mais également par toute une équipe de médecins, anesthésistes, pédiatres…

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Mais l’accouchement de jumeaux qui m’a le plus marqué est celui de deux petites filles. La fratrie, déjà composée de quatre enfants, attendait patiemment dans le couloir. Seul le père accompagnait sa femme. Il se trouve que ces parents trouvaient amusant de nommer tous leurs enfants d’une manière quasi-similaire. Anaïs, Anouck, Anatole et Annette, les quatre premiers, allaient bientôt accueillir parmi eux Anelaure et Anita[1].

 

La surveillance du travail a été sportive, avec quelques anomalies du ryhtme cardiaque d’un des bébés, un monitoring qui tombe en panne alors que je me retrouve seule au bloc à devoir m’occuper de trois patientes en travail, dont elle, enceinte de jumeaux, et une sur le point d’accoucher, et deux autres futures mamans consultants en urgence, ma collègue étant partie assister pour une césarienne en urgence.

 

Au moment de la naissance, j’ai eu le privilège de faire naître les deux bébés. Ceci est rare, car le plus souvent, le gynécologue se charge d’un des enfants et la sage-femme de l’autre.

La première naît, on la montre à sa mère, mais la petite est vite emportée par la pédiatre, qui la met sous rampe chauffante, étant donnée la légère prématurité.

À ma grande surprise, l’obstétricien de garde n’enfile pas sa paire de gants, et me laisse faire naître Anita également. Je romps la poche des eaux une fois que le médecin a bien maintenu le bébé dans l’axe de la sortie, de manière à ce qu’il ne se latéralise pas. Il l’applique très fort sur le col en poussant sur les fesses à travers la parois abdominale maternelle. Il faut éviter une procidence (cf. article « colosse aux pieds d’argile »), donc faire bouchon avec la tête, et il faut maintenir une pression sur le col, pour que celui-ci reste ouvert.

 On attend quelques instants, et lorsque toutes les conditions sont réunies, je dis à la patiente de pousser, et très vite, sa deuxième fille pointe le bout de son nez.

 

À ce moment-là, je pense rejoindre la pédiatre, et laisser le gynécologue gérer la suite de l’accouchement. En effet, deux bébés sont sortis, il faut donc deux personnes pour les examiner et s’en occuper : la pédiatre, et moi, donc.

Mais le médecin n’est pas décidé à me laisser partir !

Je demande une demi-douzaine de fois à la pédiatre si elle a besoin d’aide. J’espère ainsi montrer à l’obstétricien que ma présence est souhaitée ailleurs !

Loin de moi l’idée d’abandonner ma patiente, mais deux prématurés sont nés, et cela nécessite deux soignants ! De plus, j’avoue avoir un peu peur de la réaction du pédiatre si je ne rapplique pas vite à ses cotés !

 

Je me lance donc dans la délivrance, c’est-à-dire la sortie du placenta. Un des risques des grossesses gémellaires est l’hémorragie de la délivrance. L’utérus ayant été distendu au maximum, il n’arrive pas toujours à bien se contracter après la naissance, et donc il saigne. En plus, la patiente étant maman de beaucoup d’enfant, son utérus est donc « fatigué » par toutes ses grossesses.

Pour palier à cela, et comme il vaut mieux prévenir que guérir, je me lance dans une délivrance artificielle avec révision utérine. En langage courant, je vais chercher le placenta avec la main. La patiente ne sent rien, sa péridurale étant bien dosée. Nous proposons toujours une péridurale aux mamans de jumeaux, étant donné qu’il y a plus de risque de pratiquer des actes douloureux (épisiotomie, révision utérine, manœuvres), et de risques de césarienne à la dernière minute.

 

Je recouds le périnée de la patiente.

Les bébés vont bien, ils sont ramenés aux parents. La maman ne souffre pas, me remercie du fond du cœur.

Et moi je suis fière d’avoir participé de A à Z à cette naissance hors du commun.

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[1] Les prénoms ont été changés de façon à respecter le secret médical, ceux des enfants étant trop reconnaissables. Mais la similitudes entre eux étaient la même que dans l’exemple proposé !!