Tout comme "celles qui allaitent encore", il est de plus en plus rare de trouver "celles qui ne laissent pas pleurer" au fil des mois. D'altruiste et bienveillant, ce geste devient petit à petit, dans le regard des autres, une erreur dramatique d'éducation... 

Je m'explique.

 

Au départ, lorsque l'on allaite, la plupart des gens que l'on rencontre nous félicitent, nous clamant haut et fort les avantages du lait maternel. Certains osent même en profiter pour, à voix basse, critiquer leur belle-fille, leur soeur, ou "les femmes de maintenant" qui "égoïstement ne nourrissent pas leur enfant". 

Les mois passent... les "Tu l'allaites ?" deviennent des "tu l'allaites encore ?", d'un ton tantôt admiratif, tantôt dégouté... Les mois filent à tout vitesse, nous allaitons encore, pour notre plaisir, pour celui du petit, ou parce que "l'on n'arrive pas à arrêter"... "Tu l'allaites encore ??? Mais il faut arrêter là, non ?"... Le ton devient réprobateur. La chair de notre chair, notre sang, va devenir un enfant torturé, un "neuneu"... La mise au sein se transforme en un acte pédophile !! Et cela va l'empêcher de se développer correctement, de trouver son idendité sexuelle, et j'en passe ! (dans la bouche des critiqueurs biensur)

La cousine de la copine du frère de la voisine, vient nous dire, ou plutôt, dire à notre bébé - c'est tellement plus simple - d'un air convaicut : "Ta maman doit arrêter de t'allaiter maintenant, sinon qu'elle ne se plaigne pas que tu la colles et que tu ne fasses pas encore tes nuits !"

 

Bref, vous avez compris ce que je veux dire...

 

Et bien ne pas laisser pleurer son enfant, c'est pareil ! À la naissance, cela est vu comme un sacrifice maternel. L'admiration pour cette mère allaitant son enfant toute la nuit au détriment de son sommeil. La mise entre parenthèse de sa vie, pour répondre aux besoins primaires de son bébé. Celà semble s'inscrire dans une logique, une origine bestiale ou je ne sais quoi. 

Plusieurs mois plus tard, ou parfois quelques jours seulement, la mère qui répond à de tels besoins commence à être vu comme une maman-dépendante, qui ne s'en sortira pas. "Si tu le fais dormir dans ton lit, tu es finie ! Il ne va plus pouvoir s'en passer !"

En gros : un bébé de quelques jours a des besoins, un bébés de plusieurs mois devrait être indépendant totalement de sa mère... et sinon, il faut lui apprendre en ne répondant plus aussi vite et aussi souvent à ses besoins.

 

Je ne critique pas l'éducation que donnent "les mères qui laissent pleurer", mais je tenais à faire cet article pour exprimer mon point de vue. 

En effet, je ne laisse pas pleurer, et j'avoue que les réflexions des uns et des autres commencent à énormément me peser. Tout d'abord car j'ai l'impression que l'on tente de nous culpabiliser, de nous faire peur. Il est tout à fait envisageable parfois de remplacer certaines paroles par "tu es une mauvaise mère". si! si! 

 

Alors voici mon avis sur la question, et ma propre expérience : 

 

- Au fil des mois, j'ai remarqué que tout vient à point à qui sait attendre : en gros, c'est normal qu'un nourrisson de quelques semaines ait besoin de finir sa nuit dans le lit de ses parents de temps en temps. Et ça passe... on n'a jamais vu un adolescent accourir la nuit dans les bras de sa mère...

- J'ai également pu constater que lorsqu'un bébé pleure, c'est qu'il a un besoin. Pas une envie, mais bien un besoin. Et plus tard, lorsqu'il a une envie, elle est bien souvent légitime : un bébé a besoin de sa mère, de son odeur, de son battement cardiaque, de sa chaleur, pour se rassurer. Tous les petits ne sont pas capables de rester des heures seuls dans un grand lit froid. Ils ont vécut 9 mois au creux de nous, c'est très dur pour eux de se séparer d'un coup ! De plus, il se peut qu'ils aient mal au ventre, ou des remontées acides, ou peur, ou froid....... Que penser des "pleurs de décharge", ces cris le soir venus, pour se décharger de leurs émotions ? Tout d'abord je pense que le diagnostic doit être posé en dernier, après élimination d'un mal de ventre / gencives/ reflux / faim...... Si vraiment il s'agit de pleurs de décharge, il parait qu'il n'y a rien à faire, hormis être patients. Je pense qu'il faut tout de même accompagner l'enfant, le prendre aux bras, le rassurer, lui dire que c'est normal, que maman et papa sont là, que bientôt ça ira mieux. J'ai appris que poru minimiser cette "crise", il était conseillé de faire rire le bébé (mais pas de chatouilles, qui excitent) pour qu'il se décharge en riant et moins en pleurant. 

 

À l'âge de mon fils, je passe mon temps à dire à mon mari "imagine que tu sois pendant des heures dans un parc de un mètre carré, avec toujours les mêmes joujoux... toi aussi tu pleurerais pour sortir et vadrouiller, non ? Et cette découverte du monde est essentielle à un bon développement !". Pour son père, mon enfant fait des caprices.... N'oublions pas que les pleurs sont les seuls moyens d'expression d'un petit qui ne sait pas parler. Il tente par ce moyen là d'exprimer un besoin, une tristesse, une frustration (lorsque l'on enlève un jouet, lorsqu'on lui dit "non"). Et comme par hasard, quand on répond enfin à ce besoin, les pleurs cessent. Par exemple, j'ai remarqué que depuis peu, lorsqu'Alex pleure en me suivant partout et qu'il hurle dès que je tente de me dégager, c'est qu'il veut aller au lit. Comment me dire "maman, j'aimerais aller me coucher maintenant, je suis fatigué" autrement qu'en pleurant et se frottant les yeux ? 

 

Pour moi - pour moi, dans mon ressenti - un bébé que l'on laisse pleurer et qui effectivement va finir par s'endormir ou faire une nuit complète, a peut-être compris que les seuls personnes sur qui il devrait pouvoir compter, ses parents, ne sont en fait pas disponibles pour lui. Il peut pleurer des heures, personne ne viendra le consoler et répondre à ses besoins...

Voilà pourquoi je n'arrive pas, et je ne veux pas, laisser pleurer mon enfant !

 

 

La seule fois de ma vie de maman où je me suis sentie mauvaise mère, c'est lorsque j'ai tenté de le laisser pleurer en me disant qu'il devait à tout prix apprendre à s'endormir dans son lit et plus dans mes bras (J'avais écouté des conseils, en tournant le dos à mes convictions) ! Deux heures de pleurs. Je n'étais pas loin, j'allais le voir, je le recouchais s'il se relevait. Il a fini par s'endormir, son corps sursautant en dormant à cause des sanglots. Mon coeur de maman a été si malmené que je me suis jurée de ne jamais recommencé. Et j'ai décidé d'aller à son rythme. 

 

Au tout début, il s'endormait au sein, passait parfois des heures réveillé la nuit. Je le prenais contre moi, je le berçais, et il finissait quelque fois sa nuit dans le lit parental. Au bout d'un moment, il a réussi à dormir dans son lit, à se rendormir entre les tétées, mais l'endormissement premier était difficile. Je passais des heures à le bercer... Ayant peur de ce que cela donnerait chez la nounou, j'ai tenté de lui apprendre à s'endormir dans son lit. J'ai attendu qu'il soit prêt. (Il l'a été lorsqu'il a compris qu'il pouvait être un peu indépendant de moi, c'est à dire lorsqu'il a commencé à être diversifié.)

J'ai investi dans une petite veilleuse projetant des dessins au plafond, et jouant une petite musique. Je berçais mon fils aux bras, et lorsqu'il allait presque s'endormir, je le posais dans son lit en lui expliquant que j'était toujours là, mais qu'il allait maintenant essayer de dormir dans son lit, comme un grand, pour faire plaisir à maman. Et je restais près de lui, à chanter, à le caresser... Parfois ça marchait, parfois je devais retenter plusieurs fois (en le reprenant aux bras et en recommençant), et quelque fois c'était un échec cuisant... Plusieurs jours ont passé, et il a compris. J'ai ensuite essayé de sortir de la pièce. J'ai fait exactement pareil : "je te couche dans ton lit, je reste un peu, puis quand tu sembles t'endormir, je m'en vais, mais je ne suis pas loin si tu as besoin de moi". J'ai souvent du revenir sur mes pas, le caresser de nouveau, repartir....  depuis, il s'endort sereinement dans son lit, tout seul, sans ma présence. Je n'ai qu'à le poser dans son lit aux premiers signes de fatique. Et je ne l'ai jamais laissé pleurer. 

 

Alors certes, cela prend peut-être plus de temps que si je l'avais laissé pleurer ? Mais rassurez-vous, cela va aussi avec l'évolution de chaque enfant. Certains réussissent à s'endormir seul et à faire leurs nuits dès les premières semaines, d'autres ont besoin de plus de temps. Le pédiatre de mon fils nous a appris qu'un bébé commence généralement son détachement entre 6 et 9 mois. Six mois est l'âge (souvent) de la diversification, il comprend que la mère n'est pas essentielle pour satisfaire ce besoin (je parle des bébés allaités, désolée pour les autres, je ne sais pas...), et donc elle n'est sans doute pas si essentielle que ça dans d'autres processus. 

 

Pourquoi avoir tant détaillé cette expérience ? Pourquoi avoir fait cet article ? Pour expliquer aux mamans qui ne veulent pas laisser pleurer, qu'elles ne doivent pas craquer, pas culpabiliser. Vous avez choisi d'aller au rythme de votre enfant, et personne, ni votre belle-mère, ni votre mari (car oui, parfois les maris sont les premiers "séparateurs" entre une mère et un enfant. Ils ne comprennent pas toujours l'allaitement, le maternage, le portage....), ni la grand-tante Gudule ne doivent vous détourner de vos principes d'éducation, si vous savez au fond de vous que c'est ce qu'il y a de mieux pour vous et votre enfant. 

 

 

 

édit : j'ajoute que ne pas laisser pleurer ne veut pas dire tout laisser faire. Je pose des interdits, il connait le "non". Lorsqu'il pleure suite à une interdiction, j'explique pourquoi, je le console, et je détourne son attention sur autre chose, par exemple. 

 

édit2 : je m'explique concernant le passage sur le papa : biensur l'éducation se fait à deux, et les choix concernant votre enfant également. Je colère contre les pères qui ne cherchent pas à comprendre, qui n'écoutent pas, et lancent des "arrête de le couver, il fait des caprices" sans avoir pris le temps de chercher le pourquoi du comment ! Discutez avec lui, expliquez lui, et tentez de trouver un terrain d'entente ;-)